Après huit mois de réflexion, la commission présidée par Valéry Giscard d’Estaing vient de rendre son rapport sur l’avenir de l’hôtel de la Marine. Principale proposition : confier la transformation de ce bâtiment au musée du Louvre pour en faire un endroit largement ouvert au public.

Valéry Giscard d’Estaing, président de la commission sur l’hôtel de la Marine, a recommandé, le 19 septembre, de choisir le Louvre comme “opérateur de référence” pour transformer cet hôtel particulier parisien du XVIIIe siècle occupé par l’état-major de la Marine, avant que celui-ci ne rejoigne le site de Balard, dans le 15e arrondissement, en 2014. C’est là l’une des propositions phares de ce court rapport de cinq pages, remis à Nicolas Sarkozy après une visite au pas de charge du président de la République avec son prédécesseur, dans cet ancien garde-meubles de Louis XV.
Pour préserver l’unité du lieu, la commission recommande que la conservation, l’entretien, l’aménagement et l’exploitation du bâtiment soient conduits par un opérateur unique. “L’établissement public du Louvre est en mesure d’être cet opérateur de référence”, souligne le rapport. Une conclusion en tous points conforme au prérapport remis en juillet, qui recommandait que le Louvre soit retenu comme “partenaire privilégié de l’État” afin de rendre au public une partie de l’hôtel.
Galeries d’art et bureaux
Dans quelques mois, le public pourrait en effet profiter des larges galeries d’art et d’exposition, ainsi que de points de vente d’objets culturels que la commission souhaite voir ouvrir dans ce vaste bâtiment. La commission recommande également de permettre à la Cour des comptes de s’installer sur 2 000 m2 de surface de bureaux donnant sur la rue Saint-Florentin, tandis que les vastes espaces restants pourraient être loués également comme bureaux.
Un projet qui n’est pas au goût du groupe Allard, dirigé par l’entrepreneur Alexandre Allard. Il y a quelques mois un vif débat avait éclaté lorsque l’État avait failli céder l’hôtel de la Marine à cet homme d’affaires pour un bail de très longue durée. Alexandre Allard projetait d’y créer un centre artistique de prestige avec des suites de luxe pour mécènes et collectionneurs. Devant ce que d’aucuns qualifiaient de “barnum”, Nicolas Sarkozy avait décidé, début 2011, de créer une commission sous la présidence Valéry Giscard d’Estaing, chargée de réfléchir à l’avenir du lieu.
“Patchwork”
À la lecture du “rapport VGE”, la polémique a ressurgi, le groupe Allard dénonçant hier dans un communiqué, “le manque d’ambition culturelle et patrimoniale” et mettant en cause “la découpe du monument en un patchwork d’affectations administratives dépourvues de la moindre cohérence et la renonciation à une restauration intégrale des 24 000 m² du monument”.
Cette semaine encore, quelque 180 personnalités comme Isabelle Adjani ou Gérard Depardieu ont signé, dans le quotidien Le Monde du 16 septembre, une lettre ouverte à l’adresse de Valéry Giscard d’Estaing, dans laquelle ils soulignent que “même si le projet de La Royale, proposé par Alexandre Allard et Renaud Donnedieu de Vabres, peut soulever quelques questions, il a l’immense mérite par le débat qu’il a suscité de démasquer la suffisance des conservatismes acharnés et de montrer qu’il existe des voies audacieuses pour refaire de Paris la capitale mondiale de la création”.
D'ici la fin de l'année, une structure de préfiguration animée par le Louvre devrait être mise en place si les préconisations du rapport de Valéry Giscard d'Estaing sont suivies.
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